Mercredi 20 juin 2007


Le moins que l’on puisse dire est que l’école est au centre des débats publics en France. Quelque part on en parle presque trop lorsqu’on voit à quel point les choses restent telles quelles. Parler de l’école, c’est parler d’un double échec : celui de notre incapacité à transmettre un certain nombre de savoirs fondamentaux aux enfants et jeunes gens (taux d’analphabétisme très fort à la sortie du primaire, orthographe désastreuse jusqu’à l’Université, méconnaissance souvent effarante en l’histoire, littérature ou en sciences). Echec aussi à mettre fin aux pratiques des « pédagogistes » défenseurs de théories égalitaristes, utopiques et relativistes que ni les critiquent ni le niveau si désastreux de bien des élèves ne désespèrent.
Le débat sur l’école part néanmoins souvent d’une prémisse implicite fausse selon moi : on peut parler de la refondation ou de l’école sans voir dans ces projets la base d’un véritable projet de société. La première question à se poser n’est pas quelle école nous voulons mais quelle société nous voulons. L’école est en effet le dernier foyer inexpugnable de socialisation, d’éducation et d’instruction dans un société où les communautés traditionnelles (famille, Eglises, armée, patrie) ne sont plus à même de transmettre des valeurs et règles de vie qui permettaient aux individus non seulement d’apprendre à vivre avec les autres mais aussi d’interpréter le monde.
Je pense que l’idéal d’une société ne peut pas être une égalité sociale absolue. Il faudrait plutôt l’existence d’inégalités sociales justes c’est-à-dire fondées sur les différences de mérite et de travail. Il est normal que quelqu’un qui travaille plus, fasse davantage d’efforts obtienne plus de reconnaissance et une meilleure position sociale. Mais ce n’est possible que si les individus ont les mêmes chances au départ. Sinon on entérine les inégalités sociales de départ et ce qui se présente comme une possibilité d’ascension sociale n’est qu’un vaste jeu de dupe. Les inégalités sociales de départ doivent être annulées et compensées tout à la fois dans les écoles au nom de l’égalité des chances qui loin d’être une notion à laquelle on se réfère vaguement dans la rhétorique pédagogique doit redevenir la corollaire de la notion d’effort et la base d’une vision de la société assumée et consciente. Ce que je défends c’est une vision de la société où l’inégalité non pas simplement tolérée comme un mal nécessaire mais comme une source de justice. Ce que je défends c’est une école comme lieu de transmission d’un savoir et de compétence, de développement du goût et du jugement qui serait mise entre autres au service d’une vision claire de la société. Seule une école qui prendrait très au sérieux la notion d’égalité des chances peut être la condition de possibilité d’une société juste.
Les inégalités sociales, quant à elles, doivent être annulées au maximum en prenant comme critères de sélection la maîtrise de savoirs et de compétences qui sont indépendants du groupe sociale d’origine. Le livre de Bourdieu et de Passeron « La Reproduction » malgré tous ses défauts et avec lequel je suis en profond désaccord dessine néanmoins ce qu’il ne faut pas faire : prendre comme outil de sélection des élèves un savoir acquis dans le cadre familial ou social d’origine de l’enfant. Dans ce cas, en effet, on ne sélectionne pas les plus méritants mais ce qui ont eu l’heureuse idée de naître là où il fallait. Ceci rend d‘autant plus pertinent la sélection via les matières scientifiques, les Lettres, les langues et l’histoire et non pas par le sport, le dessin, la culture générale ou « la technologie » enseignées dans les Collèges français. Ces dernières matières relèvent en effet de savoirs et de compétences facilement accessibles en dehors de l’Ecole et qui ne fournissent donc en rien des critères satisfaisants de sélection.
Mais les inégalités de fait doivent être également compensées et c’est ici que les notions de « discrimination positive » a un sens. Elle consiste à vouloir rééquilibrer par des mesures volontaristes tels l’existence de quotas dans les examens d’entrée pour les couches « défavorisées » ou par une « augmentation des moyens » (le grand mot de l’Education nationale française) en faveur de ces mêmes groupes. Ces mesures de « discrimination positive » sont la traduction en fait de la prise de conscience que le principe théorique et philosophique d’égalité des chances est trop abstrait et ne prend pas en compte la réalité sociale. Cette idée me gêne néanmoins quand elle amène à instaurer des quotas. On ne prend alors quelqu’un non en raison des ses capacités mais de son sexe, de sa couleur de peau ou des origines sociales. Ce ne sont plus les mérites de la personne qui compte mais ce qu’elle est. Je défendrais donc la notion de « discrimination positive » sous sa forme la plus faible et comme volonté de « donner plus à ceux qui ont moins ». Il faudrait cependant toute sa consistance à cette idée et identifier tous ceux qui ont moins. Ceux qui ont moins pour des causes liées à la famille, sociologiques et psychologiques. Et ce en dehors de toute grille de lecture idéologique à la différence de bien des sociologues tels Bourdieu et Passeron.
J’insiste au passage sur la notion de causes psychologiques de l’échec scolaire. La dyslexie, le bégaiement, les troubles du sommeil, la suractivité : autant de phénomènes psychologiques (au moins en partie) à l’origine des mauvais résultats. J’insiste également sur les causes familiales qui déterminent la réussite ou non à l’école : la situation familiale (famille divorcée, nombreuse, recomposée) ou le rapport des enfants aux parents et l’état psychologique de ces derniers (parents violents ou alcooliques).
Mais pour prendre en compte ces problèmes il faut sortir des interprétations des mauvais résultats à l’école comme simple résultante de données sociologiques. Et il est étonnant que ces problèmes soient assez souvent négligés par bien des sociologues et « experts » en pédagogie et qu’ils mettent souvent en avant (pour ne pas dire uniquement) des mesures ciblant des groupes sociaux « dominés » (terme cher aux marxistes tels Bourdieu) et non des individus en difficulté. Pour être sincère je pense que la situation des enfants en difficulté pour des raisons psychologiques ou familiales est peut-être la plus difficile de toutes. On sort d’un milieu social souvent avec difficultés: on se libère peut-être encore plus difficilement de souffrances psychologiques. Bien sûr il existe des psychologues scolaires et les enseignants ne sont bien sûr pas tous des imbéciles insensibles. Je crains cependant que malgré toute la rhétorique « sociale » et « solidaire » nos marges de manœuvre soient limitées. Nous avons en effet peut-être trop tendance à voir dans l’Etat la seule instance capable de mettre en place des politiques d’entraide et de soutiens aux faibles et à considérer que donner des subsides en « augmentant les moyens » ou en créant des aides sociales suffit pour mener une politique véritablement solidaire.


par pluiefine
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Lundi 18 juin 2007


Die heutige und so viele Leidenschaften hervorrufende Diskussion um die Einführung von sog. Studiengebühren in einigen Bundesländern verrät sehr viel über den Rückfall von vielen jungen Erwachsenen und vielleicht von der heutigen Gesellschaft in das Alter der Kindheit. Dass man im Namen einer allen offenen Universität die Tatsache hervorhebt, dass die Einführung von Studiengebühren den Zugang zu den Hochschulen vielen versperren würde, ist naheliegend und vollkommen legitim. Dass man sich aber nie fragt, ob die Stundenden nicht dafür schuld sind, dass es der deutschen Universität finanziell so schlecht geht und ob sie nicht selbst etwas dafür machen könnte, um den Staat weniger Geld zu kosten, ist, gelinde gesagt, wirklich überraschend. Die Überzeugung, dass die Anderen einfach mehr zahlen müssen (die „Reichen“, die großen Firmen, die Länder, der Bund usf.), scheint allen oder wenigstens vielen selbstverständlich zu sein. Viele Stundenden bleiben Jahre an der Universität (einige brauchen sogar 20 Semester, um den Magister zu erlangen), können absolut unvorbereitet zu den Seminaren gehen, verfügen über wunderschöne Universitätsbibliothek und Stipendien, von denen Studenten aus anderen Länden nur träumen können. Aber niemand sagt: wir sind selbst dafür schuld, dass die Länder neue Einkommensquellen finden müssen. Und niemand sagt: wir sind gegen die Studiengebühren und als verantwortliche Bürger schlagen wir Sparmassnahmen vor.
Nein, wir leben im Zeitalter des Immermehr und des Ich-habe-soziale-Rechte-aber-keine-individuelle-Verantwortung. Jeder kennt wenigstens für ein paar Jahre diese Einstellung: sie ist in der Tat typisch für die Kindheit. Ich bin in einer Schlägerei verwickelt aber der andere hat angefangen, nicht ich. Ich will neue Spielzeuge aber ich stelle mir nicht die Frage, wie man sie mir leisten kann. Oder man ist dann kein Kind mehr, sondern schon ein kleiner Erwachsener.
Diese Einstellung verrät auch sehr viele über die von vielen Bürgern in den westlichen Ländern. Viele sehen sich als Kunden des Ladens Staat und denken, dass sie immer vom Staat fordern können und dass sie gleich Kunden sind, die über eine Kreditkarte ohne Ausgabegrenzen verfügten. Sie verstehen einfach nicht mehr, dass der soziale Staat nur für bestimmte Grunde existiert: um die Lücken und Mängeln des auf sich selbst überlassenen Markts zu kompensieren, um von Unfällen im Leben und Armut zu schützen, um, in einer keynes’schen Perspektive, die Wirtschaft anzukurbeln usf. Aber die finanzielle Unterstützung des Staats ist alles andere als selbstverständlich. Die Logik sollte sein: ich bin für meine Akte verantwortlich, ich habe mich entschieden zu studieren, ich muss selbst dafür sorgen, dass ich kein Last für die anderen werde. Diesem selbstverständlichen Grundsatz sollt ein anderes folgen: aber wenn meine soziale und wirtschaftliche Lage so ist, dass ich nicht zur Universität gehen kann, dann kann ich aufgrund meiner sozialen Lage eine finanzielle Hilfe von Staat fordern. Aber die Logik von vielen scheint eher zu sein: ich bin selbst an der Universität zufällig gelandet und gehe davon aus, dass der Staat mir etwas schuldet, das ich beanspruchen darf: ein in der Dauer nicht begrenzter Aufenthalt an der Universität.
Es geht jedoch in meinen Augen nicht darum, Studenten zu kritisieren. Wie könnten sie verstehen, warum und bis zu welchem der Sozialstaat möglich ist, während viele (Politiker, Intellektuelle, Gewerkschaftler oder einfache Bürger) sich diese Frage nicht stellen? Was heute Deutschland und den meisten westlichen Ländern fehlt, ist eine Reflexion über die Notwendigkeit und Grenzen des Sozialstaats, die die klassischen Kritiken der Liberalen am Wohlfahrtsstaat und die oft unverantwortlichen schönen Absichten der Linke überwindet. Eine Reflexion, die sich einfach fragen würde: warum denn der Sozialstaat? Die heutige Krise um die Einführung von Studiengebühren kann also nicht rein soziologisch oder psychologisch erklärt werden (mit Begriffen wie der des Egoismus zum Beispiel). Sie ist das Symptom für eine Gesellschaft, die sich vor zwei Fakten befindet: einerseits eine bei vielen anwesende Forderung nach sozialen Ausgaben und Transferleistungen und andererseits die Notwendigkeit die Ausgaben des Staats zu begrenzen und zu rationalisieren. Nur eine genaue Untersuchung zum Begriff des Sozialstaats könnte diese Dichotomie überwinden. Aber einer solchen Rückbesinnung ermangeln wir gerade heute.
par pluiefine
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Lundi 18 juin 2007



La tolérance est un des fondements si ce n’est le fondement de la vie en société. Elle doit être totale sauf en cas d’insultes ou d’injures : cas sans doute difficiles à déterminer selon les situations. Ce principe n’en repose pas moins sur une saine logique. La tolérance est ce qui permet de vivre ensemble car elle est synonyme d’acceptation des opinions, idées et propos de l’autre. Elle est dans le fond la conséquence de la multiplicité des opinions au sein de la société et de la nécessité d’un débat public réel donc contradictoire voire violent. Elle est inséparable de la confiance dans la solidité du tissu social et de sa résistance à la confrontation des avis.
Ces remarques banales en elles-mêmes sont pourtant régulièrement oubliées aussi bien
par nos législateurs peut-être bien intentionnés mais d’une extrême maladresse que par ceux qu’il convient d’appeler la bien-pensance. Je pense ainsi, par exemple, que même les opinions racistes, antisémites ou négationnistes ont droit d’être exprimées et défendues en public. On a le droit de dire : je n’aime pas les Noirs, les Arabes, les Juifs. On a le droit de dire qu’on ne croit pas en la réalité des chambres à gaz. On a le droit d’avoir des opinions machistes.
Cette liberté fondamentale est malheureusement attaquée sur deux fronts. D’abord par des lois dites « mémorielles » qui ont pour but d’interdire l’expression de certains avis tout comme on interdit certains actes. La loi la plus claire à ce sujet est la loi Gayssot qui est tristement explicite : « Article 24 bis. - Seront punis des peines prévues par le sixième alinéa de l'article 24 ceux qui auront contesté, par un des moyens énoncés à l'article 23, l'existence d'un ou plusieurs crimes contre l'humanité tels qu'ils sont définis par l'article 6 du statut du tribunal militaire international annexé à l'accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d'une organisation déclarée criminelle en application de l'article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale. »
De manière plus générale je m’oppose à une tendance extrêmement grave consistant à vouloir restreindre la liberté de pensée elle-même. Je pense que cette restriction est tout simplement attentatoire aux libertés fondamentales et proprement aliénante. J’espère ne pas céder à ce que les Allemands appellent la « Grosssprecherei » c’est-à-dire à une tendance à l’enflure verbale en disant cela mais plutôt mettre le doigt sur une dérive plus grave qu’on ne croit.
Ainsi le « politiquement correct » par exemple a bien pour conséquence non pas d’interdire certains mots mais d’empêcher certaines idées. On n’a plus le droit de considérer qu’il existe des Arabes mais « Beurs » ou des « Magrébins », des Noirs mais des « Blacks », des clochards mais des « sans domicile fixe», des Juifs mais des « Israélites », des gros mais des « personnes en surpoids » etc. Le politiquement correct n’impose pas des mots mais une grille de lecture du monde. Il n’y a pas en France des Français d’origine arabe ou africaine qu’une grande partie de la population (mais aussi eux-mêmes en partie) considère comme des étrangers mais des « Beurs » et des « Blacks » dont on ose à peine dire qu’ils ne sont pas blancs. Il n’y a pas en France des clochards vivant de la mendicité et des aides d’Etat mais des gens obligés de changer de domicile à date régulière, pardon, je voulais dire des « sans domicile fixe ». Il n’y a pas non plus de gros victimes de dispositions génétiques défavorables ou ayant une mauvaise hygiène de vie mais des individus en « surpoids » et donc pas à peine moins mince que les autres. Ceci me rappelle hélas la novlangue du roman 1984 de Georges Orwell dont la fin n’était pas la mise en place d’un langage plus riche et plus adapté à la propagande socialiste. Son but était bel et bien d’empêcher le libre exercice de la pensée en simplifiant et en détruisant systématiquement le langage.
Cette bien-pensance au sens propre du terme repose sur deux institutions : les médias et en partie l’école. Dans le fond il s’agit d’empêcher les gens de penser ce qu’ils veulent en leur jetant l’opprobre publiquement. L’humiliation, le terrorisme intellectuel, les moqueries et les rires toujours fatals au pays de Voltaire comme a dit une fois Alain Finkielkraut. Tout ceci fonctionne comme un ensemble de mécanismes qui semblent être guidés quasiment par une main invisible. Citons d’abord nos habiles législateurs. La loi Taubira précise ainsi: « Article 2. Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils méritent. La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l'esclavage sera encouragée et favorisée. » Non, le but de l’école n’est pas de dire ce qu’il faut penser mais de permettre de penser. L’école n’a pas pour but de mettre des idées bien précises dans la tête des élèves mais de leur permettre de développer une vision critique, rationnelle et différenciée du monde et des êtres. Elle ne doit pas insister sur l’esclavage ou sur la Shoa en tant que tels mais faire comprendre et connaître l’ensemble des évènements nécessaire pour une bonne compréhension du monde passé et actuel.
Les médias sont l’autre outil de pression et ô combien efficace. On se souvient tous de la polémique autour de l’affaire Renaud Camus, des propos de Le Pen sur la Shoa ou sur l’inégalité des races, des propos contre les homosexuels de Christian Vanneste, de la campagne menée constamment par les « chiennes de garde » (nom qui en dit long) contre les machistes ou mal-pensants anti-féministes etc. Ce qui me frappe ici c’est qu’on ne cherche même pas à réfuter ces idées par des faits et des raisonnements. La première réaction de beaucoup est morale. On tient l’autre en tant que personne pour un salaud et on lui refuse le statut de personne pensante pour en faire un individu rempli de haines, un raciste ou un machiste attardé. Et dans le fond pour un assassin. Dites « sale Juif » et vous voici transformé en nouvel Eichmann. Dites « sale nègre » et vous êtes alors un nouveau négrier. Dites « mal baisée » et vous voici responsable de l’excision et du sort fait aux femmes dans le monde.
Manière étonnante de faire. Elle refuse tout simplement de se placer sur le terrain de la discussion, de la démonstration et du débat. Ce ne sont pas les mots ou les idées qui sont dangereux mais les actes. Si vous voulez lutter contre la haine et la sottise ayez confiance en l’intelligence de l’autre et soyez tolérants. Pour cela il faut se rappeler que la démocratie repose non sur l’exclusion de certaines idées mais sur la capacité à affronter leur choc et leur violence.



par pluiefine
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